Fugue à Aqabat Jaber

Bethléem c’est joli, c’est chaleureux. Mais travailler toute la journée et n’avoir vu que deux villes en plus d’un mois, c’est assez frustrant. Il a fallu attendre plusieurs remarques de divers locataires et un allemand furieux pour me rendre compte que je développais un syndrome de Stockholm.

Adélaïde : Faut pas que tu te laisses faire ! C’est pas parce qu’ils sont vieux que ça leur donne le droit d’être comme ça !
Renaud : Tu sais, y’a un hôtel à Ramallah. Area D. Ils cherchent des volontaires…
Enrick, l’allemand furieux : How can you let them speak to you like that ? I will talk to them. It’s unacceptable !
Alice :  La première fois que je t’ai vue tu étais par terre en train de nettoyer les murs et les portes. Tu devrais au moins négocier du temps libre.

Parce que dans l’annonce, normalement, il était écrit que je devais travailler 5 jours sur 7. Mais en réalité, je travaille tous les jours, et parfois jusqu’au soir. Et à chaque sortie, c’est l’interrogatoire. Même pour aller acheter le pain. Quand j’avais demandé à passer l’après-midi avec Aya, ça avait déclenché l’Armageddon.

Je suis donc retournée éplucher les annonces sur mon site de volontariat et j’ai trouvé autre chose; Sami Hostel. Le travail semblait plus diversifié que ma routine actuelle, et ils proposaient 3 jours ouvrés. Je les ai contactés, et j’ai pas attendu très longtemps pour débarquer chez eux.

Le Sami Hostel, est, comme la guest house de Bethléem, une entreprise familiale. Ils sont situés dans le camp de réfugiés Aqabat Jaber, au sud de Jéricho. Boulos m’a déposée à la station de bus (ou taxis collectifs, je ne sais pas trop), en me disant que je devrai payer 30 shekels à l’arrivée. Le trajet dure environ 1 heure de Bethléem à Jéricho.

Franchement, j’étais bien dans ce bus avec le vent dans la casquette, la musique arabe à la radio, le désert par les fenêtres. Puis on est arrivés.

Chauffeur, s’arrêtant à chaque piéton : Sami Hostel ? SAMI HOSTEL ?

Et après être arrivés devant l’établissement, il est descendu pour m’aider à sortir mes bagages. Je lui ai tendu un billet de 50 shekels, et j’ai attendu sur le trottoir qu’il aille chercher la monnaie.

Il est remonté dans son véhicule et est parti.

Bon. On va dire que c’était son pourboire qu’il prenait. Et mes repas pour la journée.

En entrant dans l’hôtel, je me suis assise avec trois allemands avec qui j’ai un peu papoter. Sami m’a dit de l’attendre; il était occupé avec des clients. Au bout d’une dizaine de minutes, il est venu me voir et m’a demander de le suivre. J’ai pris mes affaires et suis aller à la réception avec lui.

Grosso modo, le taf semble être le même. On commence le matin, vers 10 heures, on nettoie tout. Si jamais il a besoin de moi à la réception, il me le dira. Dès que j’ai terminé, je suis libre de faire ce que je veux. Franchement, c’est une situation qui est bien plus honnête qu’avant.

Je suis plus habituée à ne pas travailler, alors je suis montée à l’étage, où vivent sa femme, ses filles, ses fils, un petit-fils. Je sais pas combien ils sont en tout, mais quand je suis entrée dans la pièce, un mec dormait par terre, entre les chiottes et la cuisine.

C’est pas le grand luxe. Dans les chambres de l’hôtel il n’y a que deux lits, parfois trois, et une fenêtre. Une salle de bain par étage : les toilettes presque dans le lavabo et le pommeau de douche à côté. Après s’être lavé, on racle l’eau.


Alors vous me croirez, vous ne me croirez pas, mais en descendant les escaliers, qui ai-je vu à la réception de l’hôtel ? Adélaïde. Une des clientes que j’avais rencontrée à Bethléem pendant que j’y travaillais. Elle a 21 ans, fait des études de littérature à Paris. Sami l’a mise dans ma chambre; elle ne reste qu’une nuit ou deux. Et comble du hasard, elle avait rencontré Renaud et Enrick à Ramallah quand ils y étaient. Les deux garçons sont également dans la ville. Ils me l’avaient dit avant de partir, ils ont été les dernier clients que j’avais eus. La Palestine est petite !

Adélaïde échange avec Renaud pour lui donner rendez-vous devant l’office du tourisme de Jéricho. Il ne sait pas que je suis là. Elle se prépare, puis on fait de l’auto-stop depuis Aqabat Jaber. En sortant de la voiture du bédouin qui nous avait ramassées, mon portable tombe et se casse. L’écran est fissuré, le tactile ne fonctionne plus. Ce qui signifie que je ne peux plus prendre de photos ou de vidéos pour m’illustrer.

On se promène, on rentre sans faire exprès par effraction chez un gars. On croyait que c’était une demeure abandonnée vu l’état, mais apparemment non. Puis on attend nos convives sur un banc de la place centrale.

Renaud arrive,  mais sans Enrick. Il fait des gros yeux en me voyant.

Renaud : Qu’est-ce que tu fais là ?
Moi : Sache qu’un client satisfait est toujours pour nous le plus important. Je viens te rapporter ta serviette de bain. Ma mission accomplie, je peux rentrer à Bethléem.
Renaud : Ooh ma serviette ! Merci !

On a encore discuté un peu, puis Renaud a proposé que l’on aille manger. On a traversé la rue et s’est installés dans un petit restaurant. J’ai pris un shawarma comme Renaud, et une petite bouteille d’eau. Adélaïde n’avait pas faim, elle a juste commandé un café.
25 shekels ! Avec les 50 que je me suis faits voler et mon téléphone cassé, ça fait cher la journée !

Le soir tombé, on s’est séparés pour la seconde fois avec Renaud, puis je suis rentrée avec Adélaïde. On s’est perdues en chemin mais en demandant la route, on a fini par retourner au camp de réfugiés. Il faisait nuit, et Sami ne semblait pas inquiéter de nous voir rentrer si tard. Je ne lui avais même pas dit que je partais. J’ose même pas imaginer si j’avais fait ça à l’autre guest house.

Ensuite Adélaïde est sortie fumer dehors. Il a pas fallu longtemps avant que tous les mecs du quartier rappliquent nous faire la conversation.

Adélaïde : Why no women ? Where are the women ?
Un gars : Work. House.
Adélaïde : At this time ? I don’t like that. In my country, men are equal to women.
Moi : T’sais c’est pas la même culture.
Un autre gars : Why you want women ?
Adélaïde : To talk with them. I want to talk to everybody.
Moi : Y’a Chemise-Courte qui vient de dire que tu sais même pas parler arabe, et tu veux parler aux femmes ?
Adélaïde : WHAT !

On est restées à discuter une heure ou deux, puis des gamins ont commencé à s’exciter en criant. Un des fils de Sami qui était avec nous nous a gentiment fait comprendre qu’il fallait rentrer dormir maintenant.

Bonne nuit !

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5 réflexions sur “Fugue à Aqabat Jaber

  1. COLETTE dit :

    Super de te savoir mieux mais surtout que tu puisses avoir plus de temps libre. Mais maintenant on attends la suite de tes découvertes avec ton nouveau tel.!!!!!! Bisous

    J'aime

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