Tous les chemins mènent à Tel-Aviv

Mon itinéraire pour la France était Nouméa-Sydney-Londres-Paris.
Puis pour Israël, c’était Paris-Istanbul-Tel Aviv.

Tout s’est bien passé… du moins jusqu’à Sydney. Je devais partir de l’Australie pour Londres à 16h00 de l’après-midi. C’est l’heure à laquelle j’ai atterri.

En débarquant, une dame est venu me chercher et a changé mes billets d’avion. J’ai pris tout de suite le premier vol pour les Emirats Arabe Unis, direction Dubaï.
L’aéroport de Dubaï est très grand. Trop. Beaucoup de magasins, comme dans tous les grands aéroports. J’avais jamais vu autant de chichas de toute ma vie. Je me suis perdue presque instantanément. Je ne savais pas où aller, je paniquais un peu, alors j’ai demandé mon chemin à deux membres du personnel pour qu’ils me disent à quelle porte je devais me rendre.

Gars 1 : Ei tchwinti foh.
Moi : Heu… sorry ?
Gars 1 : Ei tchwinti foh !
Moi : Sorry, I don’t speak arabic.
Gars 2 : Madam, he said you have to go to the gate « A24 »…

Je les ai remerciés, après excuses, puis je me suis dirigée tant bien que mal vers la porte d’embarquement A24. J’ai patienté et ai regardé mes messages. J’avais reçu un mot de la part de Boulos, le père de ma famille d’accueil.

Me and my wife just prayed for you that God will give you safe travel

Ah oui alors là il pouvait y aller. J’allais pas faire ma radine sur les prières de protection. (Surtout en ayant loupé mon avion en Australie, puis m’étant perdue dans l’aéroport de Dubaï, et dans le futur en ayant raté ma soeur à Paris, en ayant été mal informée à Istanbul et en ayant été arrêtée en Israël).
Je suis arrivée à Londres très tôt le matin. Je devais attendre 4h00 dans l’aéroport. Les contrôles ont été assez longs. Le vol de Londres pour Paris ne durait qu’une heure. Dans l’avion, un garçon de mon âge était à côté de moi, les écouteurs dans les oreilles. J’ai essayé d’entamer le dialogue.

Moi : Hey. Why do you go to Paris ?
Mec : Hollidays. 6 days.
Moi : Great. Where do you come from ?
Chilien : Chile.
Moi : ¿ Por lo tanto hablas español ?
Chilien : Sí.
Moi : ¿ Cuál es tu nombre ?
Salvador : Salvador.
Moi : ¿ Como Dalí ?
Salvador : Sí.

Bon, apparemment il n’avait pas envie de discuter peinture. La conversation s’est arrêtée là.
J’ai jeté un coup d’oeil sur son téléphone pour voir ce qu’il écoutait. Il a intercepté mon regard, a débranché ses écouteurs et a branché les miens sur son téléphone. Il m’a fait une playlist de ses musiques préférées. J’ai regardé sa bibliothèque musicale. Il n’y avait que de la country.
Il m’a tendu l’embout de ses écouteurs pour que je les branche à mon tour sur mon téléphone. Je lui ai fait du coup une playlist et on a passé l’heure de vol à écouter les chansons de l’autre. Il semblait pas trop aimer les miennes. Pourtant, il avait de la chance; je ne lui avais mis ni musiques expérimentales, ni metal, ni Boby Lapointe.
Vers la fin du vol il s’est endormi… sur mon épaule, ¡ tranquilo ! Il ne s’est réveillé qu’après l’atterrissage. Et malgré après avoir outrageusement profité du confort de mon épaule, il est parti sans un adios.

J’ai récupéré mon bagage de soute en arrivant à Paris puis je suis allée m’enregistrer pour le vol Paris-Tel Aviv, passant par la Turquie. Et c’est à partir de ce moment qu’on a commencé à me poser des questions sur ce voyage.

Dame de l’enregistrement : Pourquoi partez-vous en Israël ?
Moi : Tourisme.
Dame de l’enregistrement : Alors pourquoi n’avez-vous pas pris de billet retour ?
Moi : Je ne sais pas encore quand je rentre en fait.
Dame de l’enregistrement : Vous n’avez pas le droit de séjourner plus de 3 mois en terre israélienne.
Moi : Oui je sais.

Elle m’a finalement donnée mes billets et je suis partie du Terminal Ouest pour le Terminal Sud. Contrôle de passeport. L’officier me demande mon billet d’embarcation.

Policier : Pourquoi allez-vous à Istanbul ?
Moi : C’est un transit. Je vais pas à Istanbul, je vais en Israël.
Policier : Montrez-moi votre autre billet alors. Pourquoi partez-vous dans cette zone ?
Moi : Tourisme.
Policier : Ah, et vous quand vous partez en vacances, vous ne prenez pas de billet retour ?
Moi : Ouais.
Policier : Expliquez-moi.
Moi : Je viens de Nouvelle-Calédonie. L’année scolaire est basée sur l’année civile, pas comme dans les pays européens. Les cours se sont terminés en décembre, et comme je compte faire mes études à l’étranger, j’ai des vacances prolongées jusqu’en septembre si on veut.
Policier : Ah ben je vais aller vivre là-bas moi !

Petit rire forcé pour la bonne cause, puis il m’a redonné mon passeport et mes billets. J’ai pu me rendre à la salle d’embarcation.

Arrivée en Turquie et après les contrôles usuels, j’ai avancé jusqu’à la salle d’embarquement A303 pour Tel Aviv. J’étais contente d’y être presque, j’avais vraiment envie de prendre une douche et de dormir.

La porte A303 se trouvait tout en haut, tout en fond. Une longue marche pour atteindre cette salle spéciale. Mais quand j’y suis allée il n’y avait absolument personne. Alors j’ai demandé à un membre du personnel de me dire où étaient les autres passagers, et il m’a répondue que la porte d’embarquement pour Israël avait changé et était tout en bas, tout au fond. Super.

Je descends après une bonne trotte donc, et me rends à la porte 201B. Les portes d’embarquement de cet étage donnent sur l’extérieur directement. Il y avait beaucoup de personnes entassées les unes à coté des autres. Je suis allée jusqu’au fond et, surprise, que des turcs. Un peu inattendu pour un vol vers Israël quand même. Je m’attendais à voir plus de kippot…

Je me suis renseignée auprès de mes voisins de chaise pour savoir où ils se rendaient. Pas du tout en Israël apparemment. J’ai demandé de l’aide à mon voisin de gauche qui semblait plus qu’heureux de rompre sa longue attente avant son vol.

Jeune turc : Speak turkish ?
Moi : No.
Jeune turc : Speak arabic ?
Moi : No…
Jeune turc : Speak english ?
Moi : Yes !
Jeune turc : Okay, but me don’t sorry.

J’ai pas relevé. Il s’est levé de son siège, a pris mon billet d’embarcation et m’a aidée. On est allés vérifier sur l’écran d’affichage mon numéro de vol et celui-ci concernait la porte A303 et non 201B. Il m’a dit que je devais aller en haut alors je lui ai répondu qu’on m’a dit d’aller en bas. Étonné, il s’est adressé à un membre du personnel en turc en lui montrant mon billet. Mais l’employé n’a même pas daigné le regarder ou le vérifier. Il a envoyé péter mon Turc d’un geste de la main parce que trop occupé, ce qui ne lui a pas du tout plu. Il s’est énervé et a commencé à engueuler l’employé. Les gens à côté nous regardaient silencieusement. Au bout de quelques instants, mon chevalier est revenu  vers moi avec mon billet.

Jeune turc : Go to A303. A-three-zero-three.
Moi : Are you sure ?
Jeune turc : The guy was wrong, you can’t be there. Not possible. You are at 303. You have to go now. Your flight is now.
Moi : Okay, thank you ! Thank you !

Et je suis remontée à toute vitesse tout en haut, tout au fond. Et là, il y avait des gens. Et pas qu’une kippa cette fois.

Des agents procédaient à des fouilles corporelles et matérielles en plein salle d’embarquement. Il y avait partout des caméras de surveillance. Une dame m’a fouillée pendant que sa collègue s’occupait de mon bagage et inspectait mes appareils électroniques. On a même vérifié l’intérieur de mes chaussures.

Jpeg

Petite photo discrète des fouilles

Deux filles de mon âge se sont installées à ma droite et à ma gauche en attendant l’embarquement. J’ai commencé à discuter avec elles. Elles sont amies et vont toutes les deux à Jérusalem, en compagnie de leur époux, assis plus loin.

Le vol était assez court. J’étais vraiment excitée d’arriver enfin en terre sainte! Il était 1h50 du matin quand l’avion a atterri à Ben Gurion. Je me suis dirigée vers le contrôle des passeports, où tous les étrangers sont obligés de passer pour obtenir une autorisation d’entrée en territoire israélien.

Le gars qui me contrôlait n’a pas arrêté de me poser des questions : D’où viens-tu ? Pourquoi Israël ? Que veux-tu visiter ? Combien de temps comptes-tu rester ? Pourquoi autant ? Tu crois vraiment que tu n’auras pas fait le tour de tout en moins de 3 mois ? Cite-moi les noms des lieux que tu comptes visiter pour autant de temps. Quel est le nom de ton père ? Combien d’argent as-tu ? Possèdes-tu une carte de crédit ? Tes parents sont-ils au courant que tu es là ? Où vas-tu loger ? Pourquoi Israël ? Connais-tu des israéliens ? Projettes-tu de te rendre en Palestine ?

Il n’était pas du tout commode, alors j’ai tenté de lui expliquer au mieux : Je compte rester seulement en Israël, voilà ma réservation d’hôtel à Jérusalem, je ne connais aucun palestinien etc etc…
Mais aucune de mes réponses ne semblaient lui avoir convenues, il a gardé mon passeport et m’a dit d’attendre sur une des chaise contre un mur derrière moi. Et devant passaient des israéliens qui se rendaient à des bornes automatiques. Leur contrôle de passeport à eux était digitale et quasiment instantané.

A côté de moi, un autre étranger était assis. Il attendait un ami qui se faisait interroger juste à côté. Je crois que c’est la seule personne empathique que j’ai rencontrée en Israël depuis mon arrivée. Quand son ami est enfin sorti, il s’est levé brusquement.

Mec : They forbade you to pass?
Moi : Yes.
Mec : It’s a shame ! This country is a shame !

Il a ramassé ses affaires.

Mec : I wish you good luck.

Et il parti avec son ami.
Et il a bien fait de me souhaiter bonne chance, car c’est sûrement grâce à elle que je m’en suis sortie. J’avais vraiment, mais alors vraiment peur. Je me disais que le contrôleur avait grillé que je mentais effrontément et qu’ils allaient me renvoyer par le premier avion direction la France.
J’ai attendu 1h00 avant que quelqu’un vienne me chercher. On m’a amenée beaucoup plus loin, dans une salle d’attente spéciale. Une femme enceinte était en train de se faire crier dessus par les autorités pendant son interrogatoire. Elle est sortie de la pièce les larmes aux yeux et s’est assise à côté de moi dans la salle d’attente. Je crois qu’ils lui ont refusé son visa. J’ai attendu une demi-heure.

Voix féminine : Uwel ? Uweli… lia ?

Je me suis levée avec mes affaires et suis entrée dans la pièce. Il y avait deux femmes. L’inspectrice m’a posé exactement les mêmes questions que le contrôleur avait posées plus tôt. C’était assez difficile d’en placer une parce qu’on se faisait toujours interrompre par quelqu’un. A la dernière interruption, on m’a fait sortir de la salle. Ils s’étaient trompés de personne et voulaient en fait interroger avant moi une dame nommée Maria.
Retour dans la salle d’attente. La femme enceinte avait l’air encore plus désespérée que tout à l’heure. J’ai attendu 10 minutes de plus lorsque l’on m’a une nouvelle fois appelée.

Inspectrice : Uwel ?

Je suis rentrée pour la seconde fois mais la place assise était déjà occupée par quelqu’un.

Inspectrice : Do you speak spanish ?
Moi : Yes.

Une vieille femme au regard paniqué occupait le siège; c’était la fameuse Maria. L’inspectrice me posait des questions et je traduisais en espagnol pour Maria, puis je traduisais les réponses en anglais. Je n’avais pas l’accent de Salvador mais j’avais au moins le vocabulaire nécessaire pour communiquer, même superficiellement. En revanche j’ai trouvé étrange qu’ils n’aient pas eu de personnes qualifiées pour faire Google Traduction. Et c’était une sensation encore plus étrange que de faire subir à quelqu’un l’interrogatoire que je venais juste d’avoir droit. D’où venez-nous ? Pourquoi Israël ? Pour visiter une amie ? Où habite l’amie qui vous a invitée ? Est-elle brésilienne comme vous ? Pouvez-vous donner son nom complet et son numéro de téléphone ? Pourquoi n’avez-vous pas son téléphone ? 

Une fois terminé, l’inspectrice m’a remerciée et je suis retournée dehors. Quelques instants plus tard elle est sortie avec mon passeport.

Inspectrice : Thank you very much. Enjoy your time in Israel.

Jpeg

Entrée de Ben Gurion. Ce qu’on voit sur la droite est une ménorah. C’est marrant parce que en m’en approchant j’ai vu qu’elle avait été faite par Salvador Dalí. Décidément. Elle a été donnée plus tard à l’Etat d’Israël par l’ayant-droit de l’artiste, Paul Delcourt, et inaugurée à l’aéroport pour les 50 ans de la création d’Israël.

J’ai ouvert mon passeport… Bonheur : il y avait mon autorisation de séjour pour 3 mois. Me dire que mes maigres connaissances en espagnol m’ont permises, après tant d’années, à faciliter mon entrée en territoire israélien me fait un peu regretter d’avoir trop souvent rien glander dans cette matière.

J’ai foncé récupérer mon bagage. Il était par terre avec d’autres à côté du tapis roulant. Je l’ai pris et suis sortie dans le hall de Ben Gurion. J’ai retiré 100 shekels à un ATM puis j’ai fui à l’extérieur et ai appelé un Nesher Taxi. Il était 4h00 du matin.

Jpeg

Dehors, attendant que le Nesher Taxi se remplisse de clients.

Le taximan est arrivé à 4h30. Il était pas du tout de bonne humeur, je ne savais pas s’il me parlait ou me criait dessus.

Taximan : Where do you want to go ?
Moi : Tantur.
Taximan : Someone will pick you up there ?
Moi : Yes.
Taximan : To go where ?
Moi : I don’t know.

Tant que j’étais pas loin de ce maudit aéroport, je ne voulais pas du tout prononcer «West Bank» devant des israéliens. Surtout que les Nesher Taxis ne sont pas autorisés à aller là-bas. Le conducteur a attendu que plus de gens viennent, et une fois son véhicule complet, nous sommes partis. Il était 5h00 du matin.
A côté de moi il y avait deux juives avec qui j’ai parlées pendant tout le trajet jusqu’à Jérusalem. Elles m’ont prêté un téléphone pour que je puisse contacter la famille qui m’héberge afin de leur dire que j’étais sur la route de Tantur.

Femme : Où est-ce qu’habite la famille chez qui tu vas ?
Moi : A Jérusalem.
Femme : Oui d’accord, mais où exactement ? Nous nous sommes à Beit HaKerem.
Moi : Comment ? Vous allez à Béthleem ?
Femme : Quoi ? Non, pas «Béthleem» : Beit HaKerem. Je suis venue ici vivante, je veux repartir vivante ! Hahaha.
Moi : Ah, oui bien sûr. Ha, ha…

J’ai été la dernière à être déposée. Le soleil était maintenant levé. Le chauffeur m’a laissée devant Tantur, me délestant au passage de 64 shekels. J’ai pris mon bagage et à peine sortie du véhicule, une dame m’a accostée. C’était Ieva, la mère de la famille chez qui j’allais loger.

On est parties aussitôt en direction du mur de séparation. Nous ne sommes pas passées par le check-point car Ieva a un passeport palestinien. J’ai vu le fameux mur qui fait tant parler de lui… 30 secondes ? Puis nous avons passé la frontière.

Ieva : Welcome in Palestine !

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